FILM
La bouche
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19’

“I have been classed as a director of short work. When I watch films by Bruce Baillie, Peter Hutton, or Agnès Varda, though, I never think that they made short films as the form is generally understood. A Hutton film’s value cannot be measured in minutes, just as the quality of Juan Rulfo and Robert Walser’s texts cannot be measured by page count. My friends from L’Abominable and other independent labs do not measure time like those involved in marketing do. The result is that each work’s length is determined by the time that each filmmaker needs and has the conditions to pay for.”

Camilo Restrepo1

 

“Les deux films en diptyque, La bouche et Cilaos, du cinéaste colombien Camilo Restrepo, viennent en deux contes hypnotiques ouvrir la séance et couronner ce royaume des morts. Dans l’un, un homme apprend la mort abrupte de sa fille, battue par son mari. Dans l’autre, c’est une fille qui part à la recherche de son père qu’elle n’a jamais connu. L’occulte poésie de Restrepo, qu’elle soit portée par la chanteuse réunionnaise Christine Salem et le chant traditionnel maloya (dans Cilaos), ou par le percussionniste guinéen Mohamed Bangoura (avec La bouche), porte en elle autant de liturgies pour les vivants qui quêtent la vengeance ou l’apaisement, que pour les morts qui vivent encore. Les percussions s’accélèrent, les tambours font vibrer les cercueils.

Les images de Camilo Restrepo, d’une audace plus expérimentale (il tourne, développe et monte ses films au laboratoire cinématographique partagé « l’Abominable » à La Courneuve) se meuvent comme des photographies dont la couche sensible se craquellerait pour laisser sortir ses sujets. Les corps face caméra restent souvent quasi-statiques ou exercent de brefs rituels (marteler la table des mains, scander, courroucer, chanter, briser une assiette avec les pieds). Ils sont caressés par les phares de voiture, les oscillations de lumière. « Pour enfin trouver une amoureuse, je suis descendu chez les morts. » L’envoûtement réduit la frontière ténue entre l’horizon et le ciel qui nous tombe dessus.”

Jérémy Piette2

 

La bouche, set in Guinea, is the mirror film to Cilaos. The roles change: the strong becomes weak, who abandons is abandoned. I was not looking for its story, which came from the mouth of my neighbor Ella Bangoura. He beseeched me to film a tribute to the tragedy of his sister, a process that pointed me in a direction inversely reflective of Cilaos, as if the first film’s fiction had been rapidly caught up in the second’s reality.

If there is something concrete in both of these films, it is language: Creole in Cilaos, Suso in La Bouche. Music and tongue correspond to local color, and through speech and song, the films invoke the inherently oral nature of myth. Diable Rouge and the other musicians in La Bouche and Cilaos bring to life the dramas of their pain, and all the energy contained, accumulated, and eventually released in the films come from them.”

Camilo Restrepo3