Belgian film-maker and visual artist Thierry Zéno left behind a body of work that, in many respects, is both shocking and fascinating. The film that really introduced him to the world was Vase de noces [Wedding Trough], a disconcerting film influenced by Rops and Pasolini about the life of a solitary man in love with a sow. (CINEMATEK)
EN
“A man is in love with a sow. She gives birth to piglets. He hangs them. Out of despair the mother commits suicide. There follows an analysis of decomposition, the devouring of shit and the man’s death, his body flying through the sky. Upon its release in 1974 this film caused a scandal – the transgressive accumulation of zoophilia, ‘infanticide’, death and coprophagia triggered battles as impassioned as those provoked by L’âge d’or, which would have delighted Buñuel, who believed that cinema in its usual form exploited only a fragment of the deflagrators resources at its disposal to protest and to dream. Wedding Trough can be classed among these most powerful of artworks which imprint unforgettable images and wounds on the memory of the spectator. Pure challenging images, mystical, alchemical and psychoanalytical propositions addressed at an obliterated level of consciousness.
The film is a poem without words which both details a passage through the four elements and above all lays bare the primary impulses which bind man to the world and the animals, the latter shown in the equality of otherness. It is not a matter of anthropomorphism, rather of scrutinising the conditions of desire, ‘bestiality’, suffering and aggression. As for the human side – represented by Dominique Garny, a mediating figure and an inspired actor who extricates himself from all explanatory psychology or sociology – it plunges us into a regressive and hallucinatory universe cleansed of all contact with reality in the name of a single inner goal, the exploration of the primal abysses.”
Jacqueline Aubenas1
“This extraordinary film was made with very little money. Thierry used 16mm reversal film, utilizing the ends of reels he obtained from friends who worked as TV cameramen. Similarly, I salvaged magnetic tape from my workplace, the Équipe sound studio. For each footage, I cut a length corresponding to Thierry’s. Film professionals looked down on him because he filmed everything on his own, without relying on technicians. Thierry shot this film little by little, just getting by, progressing intermittently, but he had a precise idea and memory of the framing and sequences. He really did a great job, as if he had the entire edit in mind from the start. The first shot had to be the right one. He showed me the film sequence by sequence, when the editing was over. This was how he worked, and that’s why it took him so long getting the right splices, the right light, etc.”
“Belgium never funded any of Thierry’s films. Everybody agreed to work for free on these two. I found a family, there was no need to talk much. When we saw the film for the first time with Roger Defays, the mixer, everybody ended up crying, because we had fabricated everything, as with animation. Thanks to the Cinémathèque française, the film had a first public screening in Paris. Being enthusiastic about it, Henri Langlois gave a little money so the film could be blown up and turned into a 35mm copy, mostly funded by a Japanese distributor. It was the only money he ever got. Thanks to this negative, 35mm copies could be made and this is how, in 1974, even before reaching any other part of the world, Vase de noces was released in several movie theatres around Japan.”
“Thierry did the framing and the light... He decided when and how to film the light, and the result displays a quality of image, framing and splicing, many a filmmaker would be jealous of. His black and white is unique. If the film were coloured, it would be bad. Thierry worked within a constraint and this is how creation works, and it may be slightly Belgian: you can experiment.”
Alain Pierre, composer of the soundtrack of Vase de noces2
NL
“Een man is verliefd op een zeug. Er worden biggen geboren. Hij hangt ze op. De moeder, wanhopig, pleegt zelfmoord. Dan komt de ontbinding, het eten van uitwerpselen en de opstijging van het lichaam van de man naar de hemel. Bij de release in 1974 zorgde deze film voor een schandaal: de transgressieve opeenstapeling van zoöfilie, infanticide, zelfmoord en coprofagie veroorzaakte even gepassioneerde debatten als die van L’Âge d’Or, wat Luis Buñuel verheugd zou hebben. Vase de Noces behoort tot de krachtigste werken, met onvergetelijke beelden en wonden in het geheugen van de toeschouwers. Het presenteert veeleisende en zuivere beelden, mystieke, alchemistische of psychoanalytische voorstellen die gericht zijn op een uitgewist bewustzijnsniveau.
Het is een gedicht zonder woorden, dat een reis door de elementen voorstelt – water, vuur, aarde, en vooral het verkennen van de oeroude afgronden die mens en wereld en dieren in gelijkheid verbinden. Het gaat niet om antropomorfisme, maar om een onderzoek naar de voorwaarden van verlangen, bestialiteit, lijden en agressie. Wat betreft de menselijke kant, vertegenwoordigd door Dominique Gamy, een acteur-medium die zich bevrijdt van alle verklarende psychologie of sociologie, leidt hij ons naar een regressief en hallucinatoir universum, gewist van elk contact met de realiteit in naam van een enkel innerlijk kenmerk – de verkenning van oeroude afgronden.”
Jacqueline Aubenas1
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Jacqueline Aubenas, “Vase de Noces,” In Marianne Thys (ed.), Belgian Cinema/Le Cinéma Belge/De Belgische Film (Gent: Ludion, 1999).
FR
« Un homme aime une truie. Des porcelets naissent. Il les pend. La mère, désespérée, se suicide. Viendra ensuite la pourriture, la dévoration des excréments et l’ascension du corps de l’homme vers le ciel. À sa sortie en 1974, ce film a créé un scandale : l’accumulation transgressive de zoophilie, d’infanticide, de suicide et de coprophagie a suscité des débats aussi passionnés que ceux provoqués par ‘L’Âge d’Or’, ce qui aurait enchanté Luis Buñuel. Vase de Noces doit être classé parmi les œuvres les plus puissantes, laissant des images inoubliables et des blessures dans la mémoire des spectateurs. Il propose des images exigeantes et pures, des propositions mystiques, alchimiques ou psychanalytiques s’adressant à un niveau de conscience oblitéré.
C’est un poème sans mots, proposant un voyage à travers les éléments - l’eau, le feu, la terre, et surtout l’exploration des abysses primordiaux qui relient l’homme au monde et aux animaux dans l’égalité. Il ne s’agit pas d’anthropomorphisme mais d’un examen des conditions du désir, de la bestialité, de la souffrance et de l’agression. Quant au côté humain, représenté par Dominique Gamy, un acteur-médium qui se libère de toute psychologie ou sociologie explicative, il nous entraîne dans un univers régressif et hallucinatoire, effacé de tout contact avec la réalité au nom d’un unique trait intérieur - l’exploration des abysses primordiaux. »
Jacqueline Aubenas1
« Dominique Garny est vraiment le co-auteur du film : nous devions entrer dans le même univers, lui provoquant, ma caméra. Je suis responsable du montage et de la photographie. J’ai fait le film volontairement en noir et blanc, je ne l’aurais pas fait en couleur, la couleur est trop culturelle. Le 16 mm est plus malléable et plus rapide, il donne une plus grande liberté. C’était important pour moi que je fasse l’image moi-même afin de contrôler son contenu en fonction de la situation filmée. J’ai été élève d’une école de cinéma de Bruxelles, l’I.A.T., en 1968, mais je préfère me dire autodidacte. J’ai filmé comme un reportage pour obtenir des images et des rythmes susceptibles d’engendrer chez le spectateur des expériences personnelles. Mes racines culturelles sont belges, flamandes : Ghelderode, Ensor, Brueghel. Pasolini m’intéresse, mais je suis très loin de lui. Mon maître eût été Jérôme Bosch, s’il avait eu une caméra. J’ai obtenu 10 % de mon budget du Ministère belge de la Culture française et le Prix des auteurs au Festival National du Film belge en 1974. Le film a suscité un grand intérêt dans le public, en majorité favorable mais avec des réactions violentes dans la presse, du genre : « Culture, que de crimes ... » - « Fallait-il lui donner de l’argent ou un psychiatre ? »
Mon personnage n’a pas de psychologie déterminée, ni encore moins de pathologie. C’est un homme de chair, en dehors de tout contexte culturel précis, en dehors du temps, c’est un fantôme qui habite l’écran pendant une heure. Je laisse au spectateur une totale liberté d’interprétation : j’ai voulu mettre dans le film une telle multiplicité de signes qu’on puisse y trouver matière à enseignement ou d’avoir fait un film sans contenu social ou politique, un film artistique : ce n’est pas un film dictionnaire parce qu’il procède à la brisure des signes tels qu’ils sont véhiculés par le langage parlé et le langage filmique, même si la brisure n’est pas décelable à l’abord et ne se produit qu’en arrière de processus, avec les réactions physiologiques déclenchées vers la fin. »
Thierry Zéno2
« Vase de noces est tout autre chose qu’un film de provocation. Il inaugure une démarche cinématographique interne ; c'est le premier film proprement schizophrénique qui va de la perte consommée de la réalité à l’automation du rêve profond, inconscient, répétitif et obsessionnel. « Vase de noces tombe exprès dans sa logique de subversion au-delà du langage, au-delà de la pensée, dans l’univers des halos et des éclairements. » (Paul Fauville.) Bucolique, subversif, précis comme une miniature, Vase de noces, qui tient de l’écriture automatique, tire sa substance dans un réel désintégré, un microcosme d’objets, d’animaux, de plantes et de ciel où se génèrent les thèmes de l’amour, la mort et la résurrection, comme autant de vases communicants.
L'instant d'une petite éternité, on assiste à un rituel bizarre où l’humour est distillé dans un bocal, le tabou jeté en dérision dans un joyeux procès de société. La force de Vase de noces ne réside pas dans sa narration, même parabolique et truffée de symboles, mais dans une proposition d'images mentales hallucinatoires, quelquefois insoutenables mais toujours fascinantes. Pour le réaliser, Thierry Zéno et le preneur de son se sont totalement retirés du monde pour vivre en symbiose avec les animaux et les éléments, pour rêver ensemble. Ils ont trouvé un espace clos idéal dans les dépendances désaffectées d’un château : de grands murs, un clocher, une serre avec une cheminée, un puits très profond. Et bien entendu, la terre et le ciel. Le titre a plusieurs sens : le vase, c’est le récipient, mais la vase, c’est le limon, la boue qui se dépose au fond de l’eau, c’est aussi l’alambic de l’alchimiste. La noce, c’est aussi bien la débauche que le festin ou le mariage. Je comprends très bien qu’on puisse détester ce film, non tant pour y avoir vu une histoire scandaleuse de zoophile coprophage que pour son maniérisme et son perfectionnisme formels, son traitement allégorique quasi mystique. Mais ce n’est en tout cas pas un film vulgaire et réaliste. »
Boris Lehman3
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Jacqueline Aubenas, “Vase de Noces,” In Marianne Thys (éd.), Belgian Cinema/Le Cinéma Belge/De Belgische Film (Gand : Ludion, 1999).
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Martin Marcel, “Thierry Zéno à propos de : Vase de noces,” Écran 40 (octobre 1975), 60.
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Boris Lehman, “Vase de Noces de Thierry Zéno,” dans Guy Jungblut, Patrick Leboutte et Dominique Païni (dir.), Une encyclopédie des cinémas de Belgique, (Liège : Yellow Now, 1990), 230-231.

