Notre salut

Notre salut

September 1940. Henri Marre arrives in Vichy with his self-published book Notre salut (Our Salvation), hoping to secure a place in Pétain’s regime. But is he trying to save France from collapse, or himself from ruin?

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Charles Tesson: Le filmage, qui ne découpe pas en champs et contrechamps, est particulièrement fluide, et ce dès la scène d'ouverture. On ne sait pas trop où on est, ni à quelle époque, jusqu’à ce que le mot Vichy soit prononcé.

Emmanuel Marre: Dans un film historique, j’aime que l’information vienne un peu plus tard afin que le spectateur soit plus attaché aux vrais enjeux du présent qu’aux questions de débats historiques. Ici, pour cet homme qui cherche à se faire embaucher, on a pour lui une sensation de décalage, avec son ressentiment vis-à-vis de ceux au-dessus de lui, son âge par rapport à eux, l’obscénité des gens de pouvoir envers lui.

Sur le plateau de tournage, j’avais la commande du zoom. Le chef opérateur savait que je pouvais zoomer à tout moment. Certains font une à deux minutes, le film est composé de plans longs. Il y a en tout 462 plans, ce qui est peu pour un film de cette durée, sans avoir pour autant, je l’espère, une sensation de plan séquence. Quant au premier montage, un bout à bout de toutes les scènes, il faisait 6h 20 ! Finalement, on a coupé les scènes les plus chères. On les avait tournées pour se rassurer, faire film « Historique »… Dans la forme, l’idée a toujours été de tenir un cinéma artisanal. Pour les moments essentiels, on a évité un filmage qui les désignent comme tels, un peu pompeux, sur-soulignés. Les petits endroits sont parfois plus importants.

Emmanuel Marre en conversation avec Charles Tesson1

 

Marius Jouanny: Sur les rapports entre l’intime et le politique, Rien à foutre et Notre salut imbriquent deux enjeux qui semblent a priori hétérogènes. L’un mêle la condition sociale d’une hôtesse de l’air travaillant pour une compagnie low-cost avec le deuil familial qu’elle vit. L’autre entremêle les ambitions d’un fonctionnaire du régime de Vichy avec sa vie sentimentale et familiale qui s’effiloche.

Emmanuel Marre: Cette question est au cœur de ma démarche de cinéaste. Dans le documentaire A Bigger Splash (1973) consacré au peintre David Hockney, ce dernier déclare : « Lorsqu’on est amoureux, il peut y avoir la pire dictature, ce sera peut-être le moment le plus heureux de notre vie ». Avec Julie Lecoustre, nous avons aussi pu déclarer à propos de Rien à foutre que le chagrin et la tristesse comptent parmi les plus grandes ressources politiques actuelles pour nous prémunir contre la violence. Si on ne prend pas en compte ces contradictions, on reste à côté de la plaque.

Dans Notre salut, l’enchaînement des événements qui mène Henri de Vichy à Limoges s’avère être pour lui un moyen de fuir sa famille. Une fois qu’il a obtenu le poste, nous voulions montrer son hésitation à construire quelque chose pour lui tout seul plutôt que pour sa famille. Pour autant, le fonctionnaire vichyste et le père de famille qui se balade avec sa femme et ses enfants dans un parc restent une seule et même personne. J’ai par exemple consulté des photos amateures d’un pot du personnel à Auschwitz. Si on ne sait pas qui sont ces gens, on a tout à fait envie de boire une bière avec eux. La réalité est toujours équivoque. Même s’il a son intérêt et sa force, c’est la limite du film La zone d’intérêt (2023) de Jonathan Glazer qui place le spectateur à une trop grande distance des bourreaux d’Auschwitz.

Emmanuel Marre en conversation avec Marius Jouanny2

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