Screening
How Can I Love + Prénom Carmen
Tue 16 Oct 2018, 19:00
CINEMATEK, Brussels
PART OF Anne-Marie Miéville Retrospective
Film
FILM
How Can I Love
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7’

“Before being a short film, How Can I Love by Anne-Marie Miéville is cinema – and a personal kind of cinema at that. It goes straight to the essence, without frills, and (something quite rare for a first fiction film) without any self-protection. In this film, Anne-Marie Miéville confronts cinema at its riskiest: going to the core of a delicate situation and filming it directly, head-on, without taking the precaution of leading the spectator towards it gently or in scenario stages. With each scene, she plays with the connection to or the rejection of the spectator with a single, sharp blow. The actors are already in the frame, entirely inside the situation, and the dialogue starts “raw”. Take it or leave it, it’s cinema that wins or it is film that has lost. Cinema has won.”

Alain Bergala1

 

« Ce film d’Anne-Marie Miéville est du cinéma avant d’être un court-métrage, et c’est un cinéma personnel. Il va droit à l’essentiel, sans fioritures, et (chose plus rare pour un premier film de fiction) sans aucune auto-protection. Anne-Marie Miéville s’y confronte au cinéma dans ce qu’il a de plus risqué : aller au cœur d’une situation délicate et la filmer directement et frontalement, sans prendre la précaution d’y amener le spectateur en douceur ou par paliers de scénario. À chaque scène, elle joue l’adhésion ou le rejet du spectateur sur un coup sec, unique. Les acteurs sont déjà dans le cadre, en plein dans la situation, et le dialogue commence « à cru ». C’est à prendre ou à laisser, c’est le cinéma qui gagne ou c’est le film qui a perdu. Le cinéma a gagné. »

Alain Bergala2

FILM
Prénom Carmen
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85’

« In memoriam small movies. Cette épithaphe qui clôt Prénom Carmen, il faut la prendre comme elle vient, rappel en notre mémoire d'un être qui n'est plus (le « petit film », bandes muettes qui ont rythmé les premiers temps, c'est-à-dire, métaphoriquement, le cinéma dans son état de jouvence), et référence qui va animer la composition même des séquences. Godard a en effet organisé Prénom Carmen comme une suite des petits films. Non tellement comme un entrecroisement de films parallèles, mais suivant la puissance d'evocation des deux vrais liens tenant le film entier, l'un culturel, les quatuors 9, 10, 14, 15 et 16 de Beethoven, l'autre naturel, la mer qui, depuis la première image jusqu'à la voix des personnages (la vraie voix de Carmen: c'est « le bruit de la mer avec »), encercle littéralement le film. Godard a fait un film comme on joue un quator ou on écoute la mer, en passant de l'un à l'autre, suivant sac et ressac, mais entre l'un et l'autre, entre sac et ressac, il a placé des « small movies ». La visite à Oncle Jeannot, le hold-up, le séjour à Trouville, le tournage-enlèvement dans le grand hôtel: les petits films de Godard possèdent une définition autonome qui, tout à la fois, fait leur beauté et, paradoxalement, confère au films un aspect « morceaux choisis ». Morceaux de Godard, lui-même directement aspiré dans le film, morceaux parmi lesquels on retiendra surtout la composition d'Oncle Jean, à l'hôpital comme au grand hôtel, manipulé par des terroristes déguisés en « professionels de la profession » autant que manipulant les images que ces « professionels » tentent de lui proposer (j'y verrais une transposition fictionelle du rapport entretu par Godard avec les médias dans les années 80), ainsi que la séquence, véritablement superbe, du hold-up, où JLG nous réapprend ce que sont les relations entre des corps jetés dans l'action, que celle-ci soit voler, tuer, mourir ou embrasser. »

Antoine de Baecque1

  • 1. Antoine de Baecque in Tout Godard, Cahiers du Cinéma, numéro spécial Godard, trente ans depuis.