screening
FILM
Le livre d’image
,
,
84’

“Do you still remember how long ago we trained our thoughts?

Most often we’d start from a dream...

We wondered how, in total darkness

colours of such intensity could emerge within us.

In a soft low voice

Saying great things,

Surprising, deep and accurate matters.

Like a bad dream written on a stormy night

 

Under western eyes

The lost paradies

War is here”

 

 

– Jean-Luc Godard, Le livre d’image

 

 

 

Dmitry Golutyuk: Vous souhaitez que ce soit montré sur un grand écran ou sur un écran de télévision ?

Jean-Luc Godard: Non, non, ça doit plutôt être un écran de télévision, plus ou moins grand, et puis en tout cas deux haut-parleurs un peu éloignés de l’écran pour qu’on n’ait pas la tentation qui est très grande de croire que ce qu’on entend, c’est ce qui se passe. Mais quand ça se passera à la télévision, pour les gens ça sera le son de la télévision, on n’y peut rien. Ça vient de loin, de Lumière ou tout ça : on croyait que ce qu’on voyait était la réalité. Et puis, aujourd’hui on continue. On essaye de changer d’image, de faire de la 3D, moi, j’ai fait de la 3D aussi, à un moment pour... Mais j’ai essayé dans la 3D, dans le film d’avant qu’il y ait un peu de différence entre la parole et l’image, de pas mettre toujours le son de l’image si vous voulez. S’il y a une voiture qui passe, ou une ambulance ou autre chose, c’est pas la peine de mettre le son. Il faut mettre un autre son.

Vous ne croyez plus à l’idée que sur l’écran de télévision on ne voit jamais des films, seulement des reproductions ?

Non, je ne pense plus comme ça. Ce qui me gêne sur l’écran, que ce soit celui de télévision ou d’ordinateur, c’est que le son va avec l’image et qu’on croit ce qu’on voit. C’est les films publicitaires. Si on vous montre une Mercedes qui roule et que la voix dit : « Achetez Mercedes », non, ça... C’est devenu petit à petit comme ça. Et pour l’instant ils ne peuvent plus échapper, soit comme ça, soit peut-être dans de petits spectacles de théâtre ou des chansons de Vissotski. (Il rit.) Maintenant, c’est comme ça, que ce soit sur internet ou ailleurs... ou chez le coiffeur même. Vous ne pouvez pas aller chez le coiffeur et vous faire coiffer comme vous avez envie. C’est impossible. 

C’est pour ça que vous préférez les salles de théâtre, pour pouvoir faire autrement...

Les gens de théâtre sont habitués, s’il n’y a pas de table, à en trouver une ; s’il y a un projecteur ou comme ça, bah, on le met ; si le haut-parleur doit être déplacé, on peut le faire. Ils sont prêts à faire ça. C’est l’essence du théâtre, si vous voulez. Ce n’est pas de grands théâtres etc., mais ça, c’est possible. Donc, des endroits comme ça, mais point par point : d’abord un peu en Suisse, et puis peut-être une ou deux fois en France. Mais c’est tout, c’est tout. Et puis, de toute façon, le producteur français a gardé les droits pour presque tous les pays du monde. Alors là, le film sera montré n’importe comment. Dans une salle normale, ils n’entendront pas le son comme ici. C’est comme si c’était une musique, et puis que... au lieu du quatuor de Beethoven, je sais pas, soit on entend des casseroles soit autre chose. (Il rit.)”

Dmitry Golotyuk et Antonina Derzhitskaya en conversation avec Jean-Luc Godard1

 

“As tendentious as they may seem, Godard’s recent films are not so much arguments as they are assemblages. ‘One has to think with one’s hands and not only with one’s head,’ he twice told the press at Cannes last year. Montage, which is to say juxtaposition, has become Godard’s first principle. One of the first shots in The Image Book is a close-up of the artist making a splice at an editing console. Hands, sometimes fingers pointing upwards, are a recurring motif, reinforcing the movie’s artisanal, as well as didactic, quality.

The movie’s final image is shockingly personal – lifted from Max Ophüls’s Le Plaisir (1952), a movie, set in the late nineteenth century, that Godard once anointed the single finest French film since Liberation, with a title, meaning ‘pleasure,’ he considered the greatest in cinema history. The scene, in a Paris salle de danse, depicts a vigorous and vertiginous quadrille. One frenzied dandy faints, falling to the floor. Godard cuts to black, but anyone familiar with the Ophüls film can fill in what follows. The man has been wearing an elaborate face mask. When it is cut away, it reveals a face so old as to seem ancient.”

J. Hoberman2

 
 

 
 
Sun 10 Feb 2019, 15:45
Cinema Aventure, Brussels
PART OF
FILM
Le livre d’image
,
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84’

“Do you still remember how long ago we trained our thoughts?

Most often we’d start from a dream...

We wondered how, in total darkness

colours of such intensity could emerge within us.

In a soft low voice

Saying great things,

Surprising, deep and accurate matters.

Like a bad dream written on a stormy night

 

Under western eyes

The lost paradies

War is here”

 

 

– Jean-Luc Godard, Le livre d’image

 

 

 

Dmitry Golutyuk: Vous souhaitez que ce soit montré sur un grand écran ou sur un écran de télévision ?

Jean-Luc Godard: Non, non, ça doit plutôt être un écran de télévision, plus ou moins grand, et puis en tout cas deux haut-parleurs un peu éloignés de l’écran pour qu’on n’ait pas la tentation qui est très grande de croire que ce qu’on entend, c’est ce qui se passe. Mais quand ça se passera à la télévision, pour les gens ça sera le son de la télévision, on n’y peut rien. Ça vient de loin, de Lumière ou tout ça : on croyait que ce qu’on voyait était la réalité. Et puis, aujourd’hui on continue. On essaye de changer d’image, de faire de la 3D, moi, j’ai fait de la 3D aussi, à un moment pour... Mais j’ai essayé dans la 3D, dans le film d’avant qu’il y ait un peu de différence entre la parole et l’image, de pas mettre toujours le son de l’image si vous voulez. S’il y a une voiture qui passe, ou une ambulance ou autre chose, c’est pas la peine de mettre le son. Il faut mettre un autre son.

Vous ne croyez plus à l’idée que sur l’écran de télévision on ne voit jamais des films, seulement des reproductions ?

Non, je ne pense plus comme ça. Ce qui me gêne sur l’écran, que ce soit celui de télévision ou d’ordinateur, c’est que le son va avec l’image et qu’on croit ce qu’on voit. C’est les films publicitaires. Si on vous montre une Mercedes qui roule et que la voix dit : « Achetez Mercedes », non, ça... C’est devenu petit à petit comme ça. Et pour l’instant ils ne peuvent plus échapper, soit comme ça, soit peut-être dans de petits spectacles de théâtre ou des chansons de Vissotski. (Il rit.) Maintenant, c’est comme ça, que ce soit sur internet ou ailleurs... ou chez le coiffeur même. Vous ne pouvez pas aller chez le coiffeur et vous faire coiffer comme vous avez envie. C’est impossible. 

C’est pour ça que vous préférez les salles de théâtre, pour pouvoir faire autrement...

Les gens de théâtre sont habitués, s’il n’y a pas de table, à en trouver une ; s’il y a un projecteur ou comme ça, bah, on le met ; si le haut-parleur doit être déplacé, on peut le faire. Ils sont prêts à faire ça. C’est l’essence du théâtre, si vous voulez. Ce n’est pas de grands théâtres etc., mais ça, c’est possible. Donc, des endroits comme ça, mais point par point : d’abord un peu en Suisse, et puis peut-être une ou deux fois en France. Mais c’est tout, c’est tout. Et puis, de toute façon, le producteur français a gardé les droits pour presque tous les pays du monde. Alors là, le film sera montré n’importe comment. Dans une salle normale, ils n’entendront pas le son comme ici. C’est comme si c’était une musique, et puis que... au lieu du quatuor de Beethoven, je sais pas, soit on entend des casseroles soit autre chose. (Il rit.)”

Dmitry Golotyuk et Antonina Derzhitskaya en conversation avec Jean-Luc Godard1

 

“As tendentious as they may seem, Godard’s recent films are not so much arguments as they are assemblages. ‘One has to think with one’s hands and not only with one’s head,’ he twice told the press at Cannes last year. Montage, which is to say juxtaposition, has become Godard’s first principle. One of the first shots in The Image Book is a close-up of the artist making a splice at an editing console. Hands, sometimes fingers pointing upwards, are a recurring motif, reinforcing the movie’s artisanal, as well as didactic, quality.

The movie’s final image is shockingly personal – lifted from Max Ophüls’s Le Plaisir (1952), a movie, set in the late nineteenth century, that Godard once anointed the single finest French film since Liberation, with a title, meaning ‘pleasure,’ he considered the greatest in cinema history. The scene, in a Paris salle de danse, depicts a vigorous and vertiginous quadrille. One frenzied dandy faints, falling to the floor. Godard cuts to black, but anyone familiar with the Ophüls film can fill in what follows. The man has been wearing an elaborate face mask. When it is cut away, it reveals a face so old as to seem ancient.”

J. Hoberman2