André Bazin, critique de télévision
Fausse improvisation et « trou de mémoire »
Réflexions sur le commentaire à la T.V.
La T.V. est le plus humain des arts mécaniques
Un entretien d’André Bazin avec Jean Renoir et Roberto Rossellini
Peu de figures dans l’histoire du cinéma ont laissé une empreinte aussi marquante qu’André Bazin (1918–1958), considéré par beaucoup comme le critique de cinéma du XXe siècle. Entre 1942 et sa mort prématurée en 1958, Bazin a rédigé une œuvre impressionnante de près de trois mille textes, soit en moyenne environ un texte tous les deux jours. Il fut également l’un des cofondateurs et des premiers piliers des Cahiers du cinéma. Par ses écrits, Bazin a joué un rôle clé dans la vie culturelle française de l’après-guerre. Il a créé un espace pour une pensée nouvelle sur le cinéma, dans laquelle le film fut pour la première fois placé sur un pied d’égalité avec les autres formes d’art. Même la profession de critique de cinéma restait encore à inventer. La critique, selon Bazin, devait démontrer le droit du cinéma à exister en tant qu’art. Le critique devait faire naître chez le lecteur – et plus tard chez le spectateur – un amour pour le cinéma.
À cet égard, André Bazin fut un critique pur sang, et par ses contributions à d’innombrables revues, il sut toucher un large public. Moins connus sont les centaines d’articles qu’il rédigea en tant que critique de télévision. Il s’y consacra d’abord pour des raisons de santé : au début des années 1950, sa condition fragile l’obligea à cesser ses activités quotidiennes, à quitter Paris et à se reposer dans la petite ville de Bry-sur-Marne. Mais il y avait aussi une raison de fond : pour Bazin, la télévision faisait pleinement partie de la culture visuelle en développement – une évolution qu’il voulait suivre de près et commenter. Nombre de ces textes furent publiés régulièrement dans des revues alors nouvellement créées, comme Radio-Cinéma-Télévision (devenue Télérama) et L’Observateur politique (aujourd’hui Le Nouvel Obs).
Ces dernières années, la pensée de Bazin a suscité un regain d’intérêt, notamment grâce au travail de Dudley Andrew et d’Hervé Joubert-Laurencin. Andrew a remis l’œuvre de Bazin en lumière avec des publications telles que What Cinema Is! (2010), Opening Bazin (2011) et André Bazin’s New Media (2014), tandis que Joubert-Laurencin a été le moteur de l’édition du monumental Écrits complets (2018), qui rassemble pour la première fois l’ensemble des textes de Bazin. Le présent numéro entend poursuivre ce mouvement avec une sélection d’écrits de Bazin sur la télévision.1 Ils témoignent à la fois des espoirs et du scepticisme suscités par l’émergence de ce nouveau média. Aujourd’hui, ils offrent surtout un contrepoint à notre rapport devenu trop évident à la télévision (et aux autres médias), qui continuent d’exercer une influence profonde sur notre vie quotidienne.
- 1Les textes réunis dans ce numéro ont été publiés à l’origine en français dans André Bazin. Écrits complets, sous la direction de Hervé Joubert-Laurencin (Paris : Éditions Macula, 2018), et en traduction anglaise dans Andre Bazin's New Media, édité par Dudley Andrew (Oakland : University of California Press, 2014).
Avec nos remerciements à Dudley Andrew et Yan Le Borgne.© University of California Press, 2014 / © Éditions Macula, 2018

