André Bazin, critique de télévision

COMPILED BY Tillo Huygelen
ARTICLE
André Bazin, 1955
À la recherche de la Télégénie

Fausse improvisation et « trou de mémoire »

ARTICLE
André Bazin, 1952
Un reportage sur l’éternité : la visite au musée Rodin
ARTICLE
André Bazin, 1957
La parole est aux animaux

Réflexions sur le commentaire à la T.V.

ARTICLE
André Bazin, 1956
La télévision moyen de culture
ARTICLE
André Bazin, 1955
L’avenir esthétique de la télévision

La T.V. est le plus humain des arts mécaniques

ARTICLE
André Bazin, 1954
Pour contribuer à une érotologie de la télévision
CONVERSATION
André Bazin, 1958
Cinéma et télévision

Un entretien d’André Bazin avec Jean Renoir et Roberto Rossellini

ARTICLE
André Bazin, 1953
Le cinéma est-il mortel?

Peu de figures dans l’histoire du cinéma ont laissé une empreinte aussi marquante qu’André Bazin (1918–1958), considéré par beaucoup comme le critique de cinéma du XXe siècle. Entre 1942 et sa mort prématurée en 1958, Bazin a rédigé une œuvre impressionnante de près de trois mille textes, soit en moyenne environ un texte tous les deux jours. Il fut également l’un des cofondateurs et des premiers piliers des Cahiers du cinéma. Par ses écrits, Bazin a joué un rôle clé dans la vie culturelle française de l’après-guerre. Il a créé un espace pour une pensée nouvelle sur le cinéma, dans laquelle le film fut pour la première fois placé sur un pied d’égalité avec les autres formes d’art. Même la profession de critique de cinéma restait encore à inventer. La critique, selon Bazin, devait démontrer le droit du cinéma à exister en tant qu’art. Le critique devait faire naître chez le lecteur – et plus tard chez le spectateur – un amour pour le cinéma.

À cet égard, André Bazin fut un critique pur sang, et par ses contributions à d’innombrables revues, il sut toucher un large public. Moins connus sont les centaines d’articles qu’il rédigea en tant que critique de télévision. Il s’y consacra d’abord pour des raisons de santé : au début des années 1950, sa condition fragile l’obligea à cesser ses activités quotidiennes, à quitter Paris et à se reposer dans la petite ville de Bry-sur-Marne. Mais il y avait aussi une raison de fond : pour Bazin, la télévision faisait pleinement partie de la culture visuelle en développement – une évolution qu’il voulait suivre de près et commenter. Nombre de ces textes furent publiés régulièrement dans des revues alors nouvellement créées, comme Radio-Cinéma-Télévision (devenue Télérama) et L’Observateur politique (aujourd’hui Le Nouvel Obs).

Ces dernières années, la pensée de Bazin a suscité un regain d’intérêt, notamment grâce au travail de Dudley Andrew et d’Hervé Joubert-Laurencin. Andrew a remis l’œuvre de Bazin en lumière avec des publications telles que What Cinema Is! (2010), Opening Bazin (2011) et André Bazin’s New Media (2014), tandis que Joubert-Laurencin a été le moteur de l’édition du monumental Écrits complets (2018), qui rassemble pour la première fois l’ensemble des textes de Bazin. Le présent numéro entend poursuivre ce mouvement avec une sélection d’écrits de Bazin sur la télévision.1 Ils témoignent à la fois des espoirs et du scepticisme suscités par l’émergence de ce nouveau média. Aujourd’hui, ils offrent surtout un contrepoint à notre rapport devenu trop évident à la télévision (et aux autres médias), qui continuent d’exercer une influence profonde sur notre vie quotidienne.

  • 1Les textes réunis dans ce numéro ont été publiés à l’origine en français dans André Bazin. Écrits complets, sous la direction de Hervé Joubert-Laurencin (Paris : Éditions Macula, 2018), et en traduction anglaise dans Andre Bazin's New Media, édité par Dudley Andrew (Oakland : University of California Press, 2014).
    Avec nos remerciements à Dudley Andrew et Yan Le Borgne.

    © University of California Press, 2014 / © Éditions Macula, 2018

Texts

Fausse improvisation et « trou de mémoire »

André Bazin, 1955
ARTICLE
01.10.2025
NL FR EN

Sur le petit écran de la T.V., la personne qui nous regarde est censée nous parler face à face, d’homme à homme ; elle est parmi nous. D’où, du reste, le sentiment d’intimité qui préside à l’ « Impromptu » dimanche. Mais que cet interlocuteur trébuche et perde le fil de son discours, et la fausseté de cette situation illusoire nous est brutalement révélée, car nous ne pouvons rien pour lui et lui-même à des kilomètres de là se retrouve solitaire, sinon désemparé devant des machines sans âme.

André Bazin, 1952
ARTICLE
15.10.2025
NL FR EN

La télévision fait apparaître une notion nouvelle de présence, pure de tout contenu humain visible et qui ne serait en somme que la présence du spectacle à lui-même. Un travelling de télévision ne passe jamais deux fois par le même endroit. Il n’y a pas plus de cadrages identiques que de feuilles d’arbres superposables. Aimons l’image que jamais nous ne verrons deux fois.

Réflexions sur le commentaire à la T.V.

André Bazin, 1957
ARTICLE
10.09.2025
NL FR EN

Improvisé, semi-improvisé ou préparé, le commentaire de T.V. doit répondre à certaines exigences. S’agissant d’accompagner des films à caractère documentaire, il peut s’inspirer d’abord avec profit de la sobriété acquise au cinéma. lI doit aussi être compétent et efficace, donner par exemple le nom des animaux, au lieu de s’extasier sur leur pelage ou leur allure, que tout le monde peut voir.

André Bazin, 1956
ARTICLE
11.12.2019
NL FR EN

André Bazin est parfois appelé « l’inventeur de la critique cinématographique ». Des générations entières de critiques et de cinéastes, notamment ceux associés à la Nouvelle Vague, sont redevables à ses écrits sur le cinéma. Le film ouvre une « fenêtre sur le monde », selon Bazin. Ses écrits sont également importants pour le développement de la politique des auteurs. Bazin : « Il m’a toujours semblé qu’un des principaux arguments à opposer aux contempteurs des arts mécaniques qui ont envahi la vie moderne résidait dans le fait que ceux-ci sont un prodigieux moyen de diffusion culturelle tout autant que de divertissement. »

La T.V. est le plus humain des arts mécaniques

André Bazin, 1955
ARTICLE
19.11.2025
NL FR EN

La télévision, c’est d’abord l’intimité quotidienne avec la vie, le monde qui pénètre chaque jour dans notre foyer, non pour violer notre intimité, mais au contraire pour s’y intégrer et l’enrichir. Plus précisément encore, dans la variété infinie de cette révélation, la télévision favorise l’homme. Chaque fois qu’un être humain qui mérite d’être connu entre dans le champ de l’iconoscope, l’image se fait plus dense et quelque chose de cet homme nous est donné.

André Bazin, 1954
ARTICLE
19.11.2025
NL FR EN

Si la télévision était le cinéma, l’idéal de la speakerine s’identifierait à peu près à celui de la présentatrice de music-hall : jolie fille en maillot, accorte et pleine d’entrain. On pourrait, bien sûr, imaginer des formules plus intimement persuasives du genre « Dents blanche », par exemple, mais la speakerine de télévision s’institue très vite dans la conscience du téléspectateur comme un personnage de sa vie privée : un personnage dont la visite quotidienne doit être acceptable par toute la famille et d’abord par la femme.

Un entretien d’André Bazin avec Jean Renoir et Roberto Rossellini

André Bazin, 1958
CONVERSATION
19.11.2025
NL FR EN

Comment avez-vous été amené à la télévision qui, pourtant, chez les intellectuels notamment, ne bénéficie pas d’un préjugé favorable ?

Renoir : Je suis venu à la télévision parce que je me suis prodigieusement ennuyé lors de la présentation récente de très nombreux films et que je me suis moins ennuyé à certains spectacles de télévision. Je dois dire que les spectacles de télévision qui m’ont le plus passionné sont certaines interviews que j’ai vues à la télévision américaine. [...]

Rossellini : Je voudrais aussi faire une remarque à ce propos. Dans la société moderne, l’homme a un besoin énorme de connaître l’homme. La société moderne et l’art moderne ont détruit complètement l’homme. L’homme n’existe plus et la télévision aide à retrouver l’homme. La télévision, art qui commençait, a osé aller à la recherche de l’homme.

André Bazin, 1953
ARTICLE
04.06.2025
NL FR EN

Qu’on puisse raisonnablement aujourd’hui se poser une telle question et qu iI faille raisonner pour y faire une réponse optimiste suffirait déjà à justifier l’étonnement et la méditation.