Big Ben: Ben Webster in Europe

Big Ben: Ben Webster in Europe

Ben Webster is one of the great figures of American jazz. He spent a few years travelling around Europe before coming to a temporary halt in Amsterdam. Johan van der Keuken’s camera follows him on his wanderings through the city.

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« Evidemment le film Big Ben traite de la relation entre l’homme et la musique, mais je ne suis pas allé dans la direction d’une histoire ou d’un portrait achevé et ressemblant de l’homme, ni essayé d’expliquer sa musique. Ce film est, peut-être plus que les précédents, un assemblage de moments hétérogènes dans le temps et de points de vue changeants dans l’espace, de fragments, d’élans et d’éloignements, de scènes rarement données dans leur totalité. Toutes ces formes souvent banales s’entrechoquant, donnent, je l’espère, une certaine image de l’espace à l’intérieur du grand cœur et de la grande musique de Ben. »

Johan van der Keuken1

 

« Ben Webster n’appartient à aucun territoire préexistant : il n’appartient qu’à celui qu’il trace autour de lui-même. Il vient des États-Unis, il regrette de ne plus être dans l’orchestre de Duke Ellington, on le voit beaucoup en voyage, sortant de voiture ou du train... Mais où qu’il soit, en répétition, seul chez sa logeuse en Hollande, en concert, on reconnaît toujours le son de son saxophone. La manière dont van der Keuken fait intervenir la musique dans son film montre qu’il souhaite mettre l’accent sur le son du musicien : une multiplicité de fragments de morceaux, débuts, milieux, fins, joués ici et là, met en avant la qualité du son plus que l’interprétation d’un morceau en particulier. Le grand musicien serait alors celui qui forme un territoire par sa manière particulière de faire résonner son instrument. »

Judith Visioli2

 

« Ben Webster en Europe est certainement le film le plus abouti, le plus riche symboliquement de la première période de la carrière de Johan van der Keuken. Ce film, qui se termine en gros en 1972 avec Journal, se pose comme l’héritier de ce que Georges Sadoul appelait la « troisième avant-garde » ou « documentaire rythmique », avec des gens comme Joris Ivens, Henri Storck..., auxquels l'auteur ajoute des emprunts faits à Alain Resnais ou Chris Marker, notamment sur le travail de la mémoire. Ici, van der Keuken est plus beatnik que hippie, représentant marginal de la Nouvelle Vague plutôt que cinéaste tiers-mondiste. [...]

Ben Webster en Europe construit un portrait en mosaïque, cubiste à la limite, du célèbre musicien. Cet homme, et peut-être ce film unique et singulier qu’il lui a consacré, a marqué durablement le cinéaste. Dans le journal filmé qu’il réalise en 1974 (Les vacances du cinéaste), van der Keuken revient longuement sur l’ami américain – avec plans du film de 1967 et images non montées – qui venait de décéder, le faisant quasiment revivre par la magie de la caméra. »

Raphaël Bassan3

  • 1François Albera, ed., Johan van der Keuken. Aventures d’un regard : films, photos, textes (Paris: Cahiers du Cinéma, 1998).
  • 2Judith Visoli, “Quand Johan van der Keuken filme la musique: Des musiques et des territoires,” in Musiques et images au cinéma, eds. Marie-Noëlle Masson et Gilles Mouëllic. (Rennes: Presses Universitaires de Rennes, 2003), 229–236.
  • 3Jacques Kermabon, Nathalie Mary, Raphaël Bassan et Vincent Vatrican, “Johan van der Keuken: le monde à portée de main,” Bref: le Magazine du court-métrage, no. 39 (hiver 1998), 21.

FILM PAGE
UPDATED ON 03.08.2024
IMDB: tt0189390